Et si Tony Hawk était un train ?
Découvert lors du dernier Tokyo Game Show, le sémillant Denshattack! était l'un des jeux stars du récent Nintendo Direct Indie World. Sa démo est disponible sur Switch 2 et Steam.

Mais c'est une super idée de rubrique ça, non ? "Et si Tony Hawk était… ?" Un sous-marin, un pingouin, une paire de cymbales, un chapeau melon, un J-RPG ou… un train par exemple !
C’est sans doute ce que s’est dit la petite équipe espagnole derrière Denshattack!, un titre qui porte ses influences japonaises en bandoulière, puisque “densha“ signifie tout simplement “train” en japonais. Et le jeu vous permet aussi de voyager à travers les îles et régions du Japon.
C’est d’ailleurs au Japon, lors du dernier Tokyo Game Show, que j’ai découvert pour la première fois Denshattack!. La partie dédiée aux jeux indie du salon était comme d’habitude engoncée dans un bâtiment autre que celui qui accueille les stands des “gros” éditeurs, et les titres indés étaient si nombreux qu’ils débordaient littéralement dans les couloirs qui menaient aux halls ! Parmi eux, Denshattack! se distinguait par la foule de curieuses et de curieux qu’il attirait, et pour cause… Le jeu a TOUT pour taper dans l’oeil du public japonais.

Il faut savoir que le Japon entretient une relation très particulière avec ses trains.
De nombreux enfants (et grands enfants) nourrissent une passion brûlante pour ces derniers, et il n’est pas rare de voir des familles ou des groupes de fans de tous âges mitrailler les trains qui arrivent en gare, lorsqu’ils ne s’assemblent pas autour d’une vieille locomotive ou d’un train “habillé” aux couleurs d’une franchise populaire.






Mais bien sûr qu’il existe un train Pokémon ! Quelle question, franchement… 😁
Alors bien entendu, l'industrie du jeu vidéo s'est empressée de satisfaire cet appétit pour les trains, et deux propositions se sont distinguées avec le temps : la simulation Densha de Go! (電車でGO!) et la série Momotarō Dentetsu, mélange de jeu de l'oie et de Monopoly où l'on incarne le président d'une compagnie ferroviaire qui voyage à travers le Japon pour acheter des boutiques régionales et s'enrichir.

Le jeu espagnol Denshattack!, lui, n'a rien à voir avec ces deux propositions pour se positionner sur un créneau nettement plus action / arcade, avec une esthétique qui lorgne sans vergogne du côté de classiques tels que Crazy Taxi et Jet Set Radio Future.
En fait, le vrai titre de cet article aurait du être : "Et si Tony Hawk était un train qui jouait à SSX" !

On contrôle en effet une locomotive ultra boostée, pilotée par une jeune rebelle appelée Emi qui vit dans les ruines d’un monde ravagé par la crise climatique. Au coeur de ce Japon en partie submergé par les eaux et défiguré par les éboulements de terrain, des cités préservées existent toujours, mais elles sont scellées à l’intérieur d’immenses dômes de verre. Créés par une compagnie appelée Miraido, ces dômes sont reliés les uns aux autres par un système supersonique de voies ferrées.
À l’extérieur, les gens continuent à vivre et tentent de reconstruire, tandis qu’une nouvelle génération de pilotes de train (en mode Les Fous du volant !) a émergé du chaos. Leur nom ? Les denshattackers !
Avec leurs locomotives pimpées, ces têtes brûlées se livrent à des compétitions de vitesse et d’acrobaties sur ce qu’il reste des rails qui zébraient le Japon. Et Emi, qui jusque là se contentait de livrer des ramens à toute berzingue avec sa locomotive sous amphèt’, décide de chambouler ce petit monde par la seule vertu de son skill et de son esprit de compétition.
À bord de sa locomotive, on bondit ainsi de rail en rail en exécutant des roulades dans les airs ; en sautant tel un cabri au dessus des obstacles bloquant le passage ; en prenant des virages à fond la caisse à force de dérapages dignes d’un Ridge Racer ou du film Unstoppable de Tony Scott.
On traverse ce Japon en ruines avec l’énergie du saumon qui remonte un torrent et la vitesse de l’aigle qui l’attrape en piqué, et on met à profit ce terrain accidenté pour réaliser des figures acrobatiques… EXACTEMENT comme si sa locomotive était un skateboard !
On grinde sur des conduites d’eau, on fait du half-pipe dans des tunnels éventrés, on réalise des 360° en suspension dans les airs… Même les obstacles peuvent devenir d’improbables accessoires dans notre quête de sensations fortes.
Chaque parcours propose ses mini challenges optionnels et se conclue par une feuille de scores et des notes de style propres aux jeux de sport extrêmes. Vous savez, ces titres un peu fou-fou si populaires à la fin des années 90 / début des années 2000, au moment où des consoles telles que la PlayStation et la Dreamcast popularisaient la 3D dans les foyers.
Denshattack! est un héritier de ces jeux, avec un petit côté Burnout en prime (on peut frôler les obstacles pour ramasser plus de points !), tout en proposant une expérience plus “ramassée”, plus contrôlée, puisque l’on est littéralement sur des rails ! C’est quasiment un jeu de rythme en fait, et comme Moguri l’a fort justement souligné dans une récente Hebdo de l’indispensable chaîne Origami, il possède plus d’un point commun avec le superbe Thumper.

Mais Denshattack! possède aussi… comment dire… un petit grain.
De folie bien sûr. Que je trouve assez typiquement japonais d’ailleurs. Des trains qui dérapent comme des voitures et se tirent la bourre ? Vous pensiez vraiment qu’une telle proposition n’avait jamais émergé au Japon ?! En faisant des recherches pour cet article je suis ainsi tombé sur Densha de D (電車でD), qui renvoie à la fois à Densha de Go! (電車でGO!) cité plus haut, mais aussi, et surtout, à la série Initial D !
Initial D est un manga créé par Shuichi Shigeno qui a été publié entre 1995 et 2013 dans Weekly Young Magazine, avant d’être réuni en 48 (!) tomes. Je pense que l’on peut le présenter comme étant une espèce de Fast & Furious japonais avec ses courses de voitures clandestines et son amour du drift. Un manga qui connût de multiples adaptations sous la forme d’anime mais aussi de jeux vidéo, sur Saturn, PlayStation, en Arcade, etc.
Comme souvent avec les séries populaires au Japon, il a été détourné sur la scène du doujin (œuvres non officielles créées par des fans, publiées de façon indépendante, et parfois NSFW). Et l'une de ces itérations a mêlé deux kifs bien japonais : Initial D et… les trains ! Densha de D remplace ainsi les voitures par des trains, sans rien perdre de son obsession pour les dérapages et les courses échevelées ! Sortie sous la forme de doujinshi (manga amateur) avant d'être adapté en doujin soft (jeu vidéo amateur) par le collectif Jinushi Ippa sur PC, cette série est aussi réputée pour avoir donné naissance à de nombreux mèmes (d’après mes indicateurs amateurs de Bento :)).






Je ne sais pas si les développeurs de Denshattack! connaissent l'existence de ces jeux, et ça n'a finalement que peu d'importance, mais j'ai bon espoir que ce titre indépendant espagnol trouve au Japon quelques fans déjà acquis à la cause des "trains qui driftent" !
En tout cas, les retours sur les réseaux sociaux japonais semblent plutôt positifs et quelques pros du combo partagent déjà des vidéos de performances assez ébouriffantes !

En le prenant en mains - ce que vous invite à faire avec la démo du jeu ! - il est difficile de ne pas ressentir aussi la vibe “Sega de la grande époque” que dégage Denshattack!.
Crazy Taxi, Top Skater, Ollie King et d’autres jeux d’arcade où la frénésie what the fuck était reine, nous viennent à l’esprit en surfant sur une vague de nostalgie aux embruns de dopamine.
Et quand on regarde la bande-annonce du jeu final, avec ses trains mecha et autres balles de baseball géantes nous poursuivant comme Indiana Jones - et si Indy était un train ?! - on se dit que le 17 juin n'arrivera jamais trop vite !
Petite info bonus, vous pouvez déjà écouter la musique du jeu composée par Tee Lopes (Sonic Mania, Shinobi: Art of Vengeance, etc.), Andrew One, Sean Bialo et bien d'autres musiciens en cliquant ici : Denshattack! Bootleg EP.
PS: Toutes les images de Denshattack! illustrant cet article ont été capturées par mes soins à partir de la démo Switch 2, et les photos de trains sont les miennes. Les images des jeux de la série Densha de D sont issues du site de leurs développeurs : Jinushi Ippa, et la bande-annonce de Denshattack! est tirée du site Presse de son éditeur Fireshine Games.



