De battre mes ailes se sont arrêtées
Quand une petite mouche de jeu vidéo nous interroge, en noir et blanc, sur le passage du temps, et celui que l’on accorde aux choses...

Vous êtes une mouche. Un petit point noir dans des décors en noir et blanc, qui virevolte avec cette maladresse faite mouche, la faisant pencher à gauche et à droite tel un bateau ivre, sans pour autant perdre le cap.
Cette mouche n’a que peu de temps à vivre, à peine plus d’une minute... Et durant ce court laps de temps, elle cherche à accomplir une série d’objectifs listés sur une feuille de papier quadrillé. Des résolutions en quelque sorte, comme celles que l’on se fixe en début d’année, les yeux pleins d’espoir et l’estomac encore pétillant de bulles de champagne.
“Se faire des amis ; apprendre à lâcher prise ; essayer le tir à l’arc ; faire rire quelqu’un ; observer les étoiles ; devenir riche…”

Des objectifs souvent simples, parfois empreints de poésie ou d’un sens caché, lorsqu’ils ne semblent pas comiquement inatteignables. Comme ces “bucket list”, ou listes des choses que l’on aimerait faire avant de mourir.
Gravir le kilimandjaro, nager avec les dauphins, sauter en parachute, faire le tour du monde en montgolfière, apprendre à jouer du piano… ce genre de listes.
Pour notre petite mouche, ces objectifs possédant habituellement le contour fumeux des rêves ne sont que trop réels. Ils doivent en effet être atteints et rayés de la liste avant que le temps qui défile dans un coin de l’écran ne s’écoule complètement.

Lorsque ce compte-à-rebours arrive à zéro, l’épée de Damoclès s’abat, notre mouche est comme foudroyée par le temps, et son petit corps part s’écraser au sol tel un avion abattu en plein vol.
Et ce, dans le meilleur des cas… Car durant sa courte vie, elle bat des ailes aussi vite que possible afin d’explorer et accomplir ses objectifs avec l'héroïsme aveugle d’un petit Héraclès ailé. Ce qui l’amènera inévitablement à littéralement se brûler les ailes ou se prendre à l’un des pièges dressés sur son chemin.
Cette petite mouche, entre nos mains, possède la curiosité, le désir d’expérimentation et l’aspect virevoltant du curseur de souris d’un jeu d’aventure “point & click”.
On la déplace avec malice pour tester les interactions permises par notre environnement, mais surtout trouver ces zones où un élément du décor se dévoile soudainement à la faveur impudique d’un zoom qui suspend le temps.

Time Flies possède l’ADN d’un jeu point & click ; l’approche die & retry du roguelike ; les listes mais aussi l’humour un rien grivois d’un Untitled Goose Game (également édité par Panic) ; la bienvenue brièveté d’un Castaway ou d’un Minnit ; ainsi que la tension inhérente aux jeux de survie.
Une fois les façons d’accomplir ses objectifs trouvées, il faut parvenir à tous les enchaîner afin qu’ils puissent être “compressés” dans le temps imparti et réalisés en une vie.
Chaque mort nous rapproche ainsi un peu plus de notre objectif, à force de tâtonnements et d’expérimentations. On speedrun la vie d’une mouche !
Et à la manière d’un speedrunner, pour tenter l’impossible, il est nécessaire d’aller traquer les “glitchs”, ces petits bugs de la matrice qui nous permettront, tel un minuscule Neo, de ralentir le temps.
J’ai découvert Time Flies durant mes vacances en France, de la meilleure façon possible : en bonne compagnie.
Cette mouche qui “papillonne” éperdument, le temps d’une minute, pour faire de sa vie une ode à la curiosité récompensée, est une invitation à passer la manette.
Chaque vie, chaque mouche, est ainsi un spectacle tragi-comique qui s’apprécie encore mieux à plusieurs, dans une communion d’idées, mais aussi de rires et de surprises.
Cette réflexion sur le temps, à la jouabilité virevoltante, est comme il se doit un exercice qui s’apprécie dans la brièveté. Time Flies se termine ainsi en deux heures ; un peu plus pour qui souhaite en percer tous les secrets (pièces de puzzles cachées, succès à débloquer).

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point ces jeux qui se dévorent en une bouchée, en une soirée, me séduisent. Ces titres indépendants ont l’élégance de ne pas s’inviter trop longtemps pour éviter de peser sur nos plannings bien trop chargés. Et le fait que le propos même de ce jeu soit une réflexion sur le temps, rend l’expérience d’autant plus délicieuse.
Alors lorsque je lis des critiques regrettant la “faible durée du jeu”, je ne peux faire autrement que m’agacer et m’étonner que l’on puisse à ce point passer à côté de la thématique même du jeu, mais aussi de l’air du temps, où la sensation de courir après pèse tant sur nos épaules.
Si peu de temps et tant à explorer… jouer, lire, écouter, regarder.
Ce jeu développé en Suisse par deux personnes (Michael Frei et Raphaël Munoz) coûte 14 euros, soit à peine plus qu’une place de ciné. C’est aussi un jeu, qui par sa courte durée, se prête à merveille à la nouvelle fonctionnalité de prêt des cartes de jeu virtuelles des consoles Switch… 14 jours est largement suffisant pour finir le jeu plusieurs fois, que ce soit avec des amis ou en famille, ce que je ne saurais trop recommander.
Time Flies se joue uniquement avec le stick et faire voler notre petite mouche est à la portée de tout le monde !
Personnellement, j’ai adoré jouer (et partager !) ce “micro-jeu”.
En fait, je me suis reconnu dans cette mouche pressée par le temps, qui tente de faire le maximum de choses, mais aussi de faire plaisir en très peu de temps. Vivre à l’étranger signifie souvent “vivre loin”. Et lorsque je reviens en France, j’essaye d’accomplir en quelques semaines autant que possible, de voir autant de monde que possible, de passer autant de temps que possible avec ma famille et mes proches.
Mais contrairement à cette petite mouche, je ne serais pas foudroyé à la fin de mes vacances, et chaque année je peux à nouveau tenter de cocher ma “liste” ☺️
Bref… Time Flies est une expérience de jeu assez unique. À la fois burlesque et méditative, elle impose son rythme avec la légèreté d’une patte de mouche, pour nous amuser et nous faire réfléchir (un peu mais pas trop) sur le temps qui passe et l’importance de savoir en tirer parti…
PS: Toutes les images illustrant cet article ont été capturées à partir d’une version commerciale de Time Flies sur Switch 2.
Salut Thierry !
Moi aussi j’ai beaucoup aimé Time Flies.
Sa simplicité du concept, sa courte durée, son humour tantôt absurde, tantôt slapstick en font un bonbon de jeu vidéo absolument adorable. Une pause salutaire parmi des jeux trop sérieux, trop chronophages ou trop bruyants. De mon côté, je l’ai fait entre de longues sessions de DK Bananza que j’ai beau adorer, mais qui est un jeu si long que j’ai eu besoin de faire quelques pauses entres certaines strates. Ainsi j’ai réussi à finir Crow Country, Fear the Spotlight et Time Flies en parallèle de Bananza.
Pour en revenir à notre petite mouche exploratrice, j’avais découvert le jeu lors de son annonce il y a 3 ans durant le Summer Game Fest. Sans aucune nouvelles depuis j’avais peur qu’il ait été annulé ou laissé tomber par son dev. Mais quelle a été la bonne surprise depuis voir une nouvelle annonce et une sortie aussi rapprochée cet été.
Time Flies m’a vraiment séduit grâce à sa simplicité de façade, son humour mais surtout à sa poésie naïve, une candeur salvatrice qu’on trouve rarement dans le jeu vidéo et qui fait l’effet d’une grande bouffée d’air frais.
En vrai, c’est un petit jeu mais un grand coup de cœur.
C’est dans la liste des prochains achats, merci pour la découverte !