Avez-vous des souvenirs de jeux que l'on vous a prêté ?
L'importance de l'échange et du partage à travers le plus simple des gestes.

J’en parle souvent. La notion de transmission me tient particulièrement à coeur, et c’est sans doute la raison qui m’a poussé à commencer à écrire sur le jeu vidéo dans les années 90 et à en parler pendant si longtemps.
C’est aussi la raison pour laquelle j’ai lancé cette newsletter hebdo et le podcast Pixel Bento avec mes amis Marc, Nicolas et Axel.
J’aime partager mes découvertes, mes coups de coeur, mon ressenti aussi, qu’il soit critique ou non, sur une oeuvre culturelle. Pour utiliser d’autres mots, j’aime partager (et débattre). Et au coeur de ce partage se situe le plus anodin des gestes : une main tendue accompagnée de ces quelques mots : “tiens, je te le prête !”.
Que ce soit un livre, une BD, un Blu-ray, un CD (histoire de me vieillir encore un peu plus, j’aurais pu dire une cassette ! 😅) ou un jeu vidéo, ce geste se fait aujourd’hui plus rare. Il est peut être même en voie de disparition.
Une bonne partie de mon éducation culturelle s’est pourtant faite à travers ce simple geste. Et je n’ai aucun doute sur le fait que c’est également le cas pour beaucoup d’entre vous. Vous avez des souvenirs d’oeuvres marquantes que l’on vous a prêté (parfois au bon moment) dans votre vie ? Beaucoup non ? Hé bien c’est pareil pour moi.
Dans mes souvenirs, ICO est un jeu que l’on m’a d’abord prêté sur PlayStation 2, tout comme DOOM sur PC (je triche un peu, il s’agissait d’un shareware !) ou Motor Toon Grand Prix et Crash Bandicoot sur PS1 ! Les exemples sont innombrables.
Le prêt possède en plus une qualité unique, qui le distingue profondément du cadeau.
Il est le plus souvent un acte spontané, une opportunité liée à la curiosité. Comme celle née d’un regard fouillant une bibliothèque (“tu ne l’as jamais lu ? Non mais c’est trop bien, embarque-le !”) ou d’une conversation chez des ami(e)s (“attends attends je vais te le chercher”)...

Le prêt peut aussi être une invitation ouverte.
Je sais par exemple que je peux emprunter à tout moment The Last of Us 2 auprès de mon ami Julien, ou n’importe quel classique Sega chez certains collectionneurs tokyoïtes que je fréquente bien malgré moi (si vous écoutez le podcast, vous savez 😉). J’ai en ce moment même, chez moi, de multiples oeuvres empruntées dont plusieurs manga et le jeu Pragmata sur PS5 (merci Vince !). Plusieurs de mes livres, bandes dessinées et jeux vidéo sont aussi dispersés chez des amis. J’ai même une petite liste sur mon portable, histoire de ne pas les oublier.
Ces prêts et emprunts sont autant de liens, de promesses de se retrouver, pour se les rendre bien sûr, mais aussi en discuter.
Ils constituent également une excellente occasion de sortir de sa “zone de confort vidéoludique” à moindre risque. Il est en effet plus facile de donner sa chance à un genre que l’on ne connaît pas ou que l’on pense ne pas être “notre truc” lorsqu’il n’est pas nécessaire d’investir 40, 50 ou 70 euros dans un Hades (“je ne suis pas certain d’aimer les roguelite”), un Death Stranding (“ça l’air perché comme jeu quand même”) ou un Dark Souls (“trop dur pour moi je pense !”).
Le prêt peut ainsi être une porte dérobée, tout autant qu’une clé permettant l’acquisition d’une connaissance plus profonde d’un genre, d’une série ou d’un studio de développement que l’on a découvert et aimé.
“Tu as aimé Elden Ring ? Attends, il faut ABSOLUMENT que tu joues à Bloodborne maintenant !”.
“Quoi ?! Tu n’as jamais fait Link’s Awakening ? Tu as toujours ta Game Boy Color ? Sinon je te la prête en même temps que le jeu !”
Plus pragmatiquement, le prêt représente également une façon alternative de consommer.
Les jeux coûtent chers. Pouvoir se les prêter et se les échanger, voire les emprunter à la bibliothèque du coin, est la meilleure des façons de jouer gratuitement, ou de tester un titre avant de décider de l’acheter plus tard, lorsqu’il sera en promotion ou vendu d’occasion.
Le prêt permet aussi de modérer une problématique souvent inhérente au média jeu vidéo : il demande du temps. Du temps que l'on n'a pas toujours et qui nous amène à regretter certains achats impulsifs venant s'ajouter, penauds, à notre pile of shame. Dans ce cas, n'est-il pas mieux de se dire : “je l'emprunterais plus tard”. Et puis on a parfois juste envie d'essayer un jeu, pas de le finir.
Enfin, d’une certaine façon, le prêt d’un objet, que ce soit un jeu vidéo ou autre chose, est aussi une marque de confiance qui existe le plus souvent dans le cadre d’une amitié. Lorsque l’on prête une boîte de jeu vidéo, elle contient bien plus qu’une cartouche, une disquette, un CD, un DVD, un Blu-ray, une carte micro-SD ou je ne sais quoi encore… Elle contient des heures de jeu et le plaisir d’une expérience que l’on a envie de partager.
J’imagine que les gens qui ont décidé d’arrêter de produire des jeux physiques chez Sony ont peu d’amis…




Les chevaliers de Baphomet, prêté par une copine de classe. Comme tu le décris dans l’article, c’était un beau moment de « Attends tu connais pas ? C’est génial, je te le prête ».
C’était mon tout premier point and click et une expérience dont je me souviendrai toujours.
PS: bien joué le petit taquet à Sony à la fin 🫡
Un pote de mon frangin nous avait prêté Skyblazer(Karuraou -迦楼羅王)sur super nes. J'en ai un souvenir vraiment grandiose sans avoir pu y retoucher depuis. Les souvenirs sont flous avec le temps et chaque voyage au japon m'éloigne un peu plus de ce jeu. En effet je le croise à chaque fois en vitrine pour un prix qui a bien fait x5 en 10 ans. Et comme tu l'expliques dans ton article, pas évident de sortir une grosse somme quand on est pas certains d'être satisfait. Je me demande à quel point mes souvenirs d'enfances embellissent ce jeu qui a probablement vielli.