Quand les pixels frétillent au bout de l'hameçon…
Étrangement, pêche et jeu vidéo ont toujours fait bon ménage. Le jeu indépendant Cast n Chill le prouve une fois de plus !

Perso, j’ai toujours adoré les mini-activités de pêche dans le jeu vidéo. Pourtant, ma seule expérience IRL avec ce loisir s’est avérée désastreuse.
Mais dans le jeu vidéo, c’est différent…
Lorsque mon épouse a découvert avec moi la bande-annonce du portage sur Switch de Cast n Chill, elle s’est immédiatement exclamée : “ça, c’est un jeu pour toi“. Ce à quoi, je n’ai pu répondre que par l’affirmative et un regard énamouré.
Que ce soit dans Animal Crossing: New Horizons, Hades ou Sea of Stars, j’ai toujours passé un temps considérable à pêcher. Et pour être tout à fait honnête, j’ai même tendance à juger l’absence d’un minigame de pêche pour ce qu’elle est : un impair difficile à pardonner ! Récemment, son absence s’est par exemple cruellement fait sentir dans Hollow Knight: Silksong, un titre qui aurait grandement bénéficié d’un tel ajout.

La pêche, dans le jeu vidéo, est souvent une respiration. Un moment où l’on s’octroie une pause, où l’on prend un chemin de traverse pour échapper un court instant au coeur de l’expérience proposée. Pour Hades, par exemple, c’est l’opportunité de figer le temps une poignée de secondes dans un jeu où la frénésie est reine.
Pour un titre tel que Cast n Chill, où la pêche EST le coeur de l’expérience, la respiration se métamorphose en mécanique de jeu. Après avoir choisi son chapeau, son chien, son perso et son poncho, on se retrouve immédiatement assis dans sa barque avec son fidèle compagnon. Quelques coups de rame, et la voilà qui glisse à la surface d’une eau où se reflète la nature alentour.
On a ainsi l’impression de se déplacer à la lisière de deux mondes.
Ce mouvement nonchalant à la surface de l’eau n’est certes qu’une transition ; l’instant de “réflexion” avant que l’on ne brise l’illusion lorsque notre ligne projetée au loin s’enfonce finalement dans l’eau.
Mais avant que le miroir ne se fissure, la contemplation s’impose.
Notre barque avance à fleur de lac, le long d’une rivière, en bord de mer, ou à la surface d’un étang perdu. Durant quelques secondes seulement, jamais plus longtemps. Chaque zone de pêche se limite à une courte ligne droite sur laquelle on fera des allers et retours. Le ponton duquel nous sommes partis, est celui où l’on retournera pour vendre les poissons attrapés et rendre visite au sympathique propriétaire de la boutique de pêche.

Ce court laps de temps passé à glisser sur la ligne de séparation entre un monde et son reflet, suffit à nous envouter. Les cadres enchanteurs confectionnés par les trois artistes de Cast n Chill (Ashley Rose Smith, Anastasia Razumkova et Lara Durham) constituent l’hameçon au bout duquel j’ai frétillé durant les heures passées à lancer ma ligne et chiller.
Ces tableaux pixel art nourrissent, de la plus ostensible des façons, le pouvoir d’attraction de ce jeu. On évolue dans des cadres naturels baignés d’une lumière qui ne cesse de changer en fonction de l’heure de la journée. Un cycle jour / nuit berce ainsi nos parties, illuminées par des astres à l’aura filtré par le brouillard, les cimes des montagnes au loin, ou les feuilles frissonnantes des arbres environnants.

Pas de musique, ou très peu, viennent perturber ces environnements naturels. Juste quelques notes pour accompagner la nuit qui tombe. La pêche est une activité qui se joue du temps, mais joue aussi avec lui. Certains poissons, plus gros, plus rares - légendaires ! - ne nous font grâce de leur présence qu’à certaines heures de la journée. La patience, plus qu’une vertu, est le meilleur des vers.
Les plus impatient(e)s pourront comme moi accélérer le passage du temps en piquant une petite sieste sur son bateau, l’occasion d’admirer le temps d’un time-lapse, un superbe ballet de couleurs.
Toute la partie “Chill” du titre du jeu est là, lovée dans l’écrin de ces décors aux pixels chatoyants.
Elle se situe aussi dans sa bande son minimaliste, les bruits de la nature, le clapotement de l’eau, le chant des oiseaux, l’apparition surprise d’un animal sauvage, et les caresses que l’on peut offrir à son fidèle compagnon via un bouton dédié. Caresses qui provoqueront systématiquement l’apparition d’un petit cœur au-dessus de sa tête. Sa façon à lui, mais aussi au jeu, ne nous exprimer son contentement et le plaisir partagé de cet instant de tendresse.
Le "Chill" grignote aussi le territoire du "Cast", soit de l'activité pêche elle-même. Une fois sa canne et son hameçon choisis, on lance sa ligne à l'horizon pour disperser le reflet du monde et révéler celui qu'il dissimulait. Des poissons naviguent silencieusement sous la surface et peuvent mordre à l'hameçon. Un petit combat s'engage alors, dont l'intensité dépendra du matériel utilisé, mais reposera essentiellement sur la patience et l'observation.

La mécanique de pêche est d’une simplicité absolue : un bouton pour mouliner, un bouton pour “laisser couler”. Chill ! Pas question ici de tester ses réflexes, comme c’est le cas dans la plupart des minigames de pêche. Une fois qu’un poisson a mordu, il suffit de parvenir à le ramener à la surface en moulinant, et en prenant son temps. La seule contrainte sera de le laisser filer lorsqu’il s’agite, sinon son évasion récompensera ses soubresauts. Il faut donc être patient, attendre qu’il se fatigue.
Ce duel sous-marin revêt l’aspect d’une danse rythmée par les remous étouffés de l’eau et le bruit de rotation du moulinet de sa canne à pêche. La caméra oscille sans cesse. Elle s’enfonce subitement sous l’eau pour se rapprocher aussi vite de la surface, et ainsi de suite, basculant sans cesse la perspective.
Un combat épique, qui a duré plusieurs minutes, récompensé par une prise légendaire. Cast n Chill, aussi zen soit-il, n’est pas exempt de petits pics d’adrénaline et de légères frustrations lorsque notre prise parvient à s’échapper ou refuse de se laisser séduire.
J’ai du passer une petite dizaine d’heures à lancer mes lignes au coeur des bulles de silence dispersées sur la carte du jeu. Percées par le bruit du moteur de mon bateau, les discrets et sporadiques “wouf !” de mon chien, et la mélopée du moulinet de ma canne à pêche, ces bulles n’ont jamais perdu de leur magie durant le temps passé à effleurer leur surface liquide.
Cast n Chill est parvenu à faire d’une mécanique répétitive et simpliste, un leitmotiv zen. Les piliers du jeu restent cependant terriblement capitalistes. Notre succès dépend entièrement du matériel acheté et donc de l’argent obtenu grâce à ses prises. Tom Nook1 serait fier du vieux marchand de la boutique de pêche !
J’aurais aimé que la partie “Chill“ soit encore plus travaillée et explore davantage l’aspect sensoriel du jeu. Laisser glisser sa main en dehors du bateau pour sentir le frissonnement de l’eau sur ses doigts (à travers le retour haptique de la manette) ; pouvoir prendre des photos des animaux croisés dans la nature ; jouer avec son chien (ou sa marmotte, son panda rouge… bref, une plus grande variété d'animaux de compagnie !) ; ou focaliser son attention sur un son afin de révéler un oiseau dissimulé dans les arbres. Des idées de ce genre, destinées à travailler le potentiel immersif du jeu et tirer partie de ses superbes graphismes pixel art.
En l’état, le réalisme l’emporte légèrement sur l’onirisme. C’est évidemment une histoire de goût, mais personnellement j’aurais préféré que la balance penche dans l’autre sens.
Ne vous attendez pas non plus à la richesse d’un Dave the Diver qui ajoutait à la “pêche” une grosse dimension RPG / Gestion. Cast n Chill mérite à mon sens ses 15 euros mais l’expérience proposée reste minimaliste. En fait, il est même possible de régler le jeu en mode “passif” pour le laisser pêcher tout seul, voire de renforcer encore le côté réaliste / zen en bloquant la caméra à la surface de l’eau ! Du coup on ne peut plus voir sous la surface, ni savoir quels poissons sont là, ni choisir son hameçon en conséquence !

Les deux développeurs australiens à la tête du projet (Mark White et Brendan Watts) semblent en tout cas bien décidés à régulièrement étoffer leur jeu. J’ai ainsi volontairement passé sous silence une certaine zone proposée depuis peu par le jeu.
Un nouveau DLC “Eastern Winds“ est aussi annoncé pour juin 2026 et il ajoutera plusieurs lieux dans une ambiance à priori plus… japonaise ? Hâte de voir ça !
En ce qui me concerne, je suis définitivement “hooked“ (😛), et Cast n Chill fut le parfait jeu de transition pour mon retour imminent dans Animal Crossing à la faveur de sa récente mise à jour 3.0 !
PS: Toutes les images et vidéos illustrant cet article ont été capturées par mes soins à partir d’une version commerciale de Cast n Chill sur Switch 2.
Tom Nook est l’entrepreneur et le banquier historique de la franchise Animal Crossing. C’est auprès de lui que l’on s’endette pour construire son village, et c’est lui que l’on enrichit en progressant !




