Ode aux monstres dans le jeu vidéo
Jouer au dernier remake de Dragon Quest VII m’a fait réfléchir à la relation unique que nous entretenons avec les monstres dans de nombreux jeux.

Dès que la petite bouille enjouée d’un Slime (toujours étrangement appelé “gluant” dans la version française) apparaît dans un Dragon Quest, je ne peux m’empêcher de sourire.
C’est un peu… Non ! C’est EXACTEMENT comme si je retrouvais un vieux pote perdu de vue. Aussi virtuelles soient-elles, ces retrouvailles ont une valeur émotionnelle tangible, et peuvent agir comme un beaume au cœur. La galerie de monstres inventée par Akira Toriyama devrait être déposée au patrimoine mondial de l’UNESCO ! Sérieusement. La définition wikipédia du patrimoine mondial est :
“ (...) un ensemble de biens culturels et naturels reconnu par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) comme présentant un intérêt exceptionnel pour l’humanité (...).”
Si le Slime, le Cactak, le Kungfourmilier ou la Canniboîte ne présentent pas “un intérêt exceptionnel pour l’humanité“, alors je ne comprends plus rien.

Vu l’état désastreux dans lequel se trouve aujourd’hui notre société, et l’afflux constant d’horreurs et d’injustices auxquels nous sommes chaque jour exposé(e)s, trouver un peu de joie où l’on peut est devenu plus que nécessaire. Que ce soit le sourire d’une personne aimée ; un spectaculaire concert à la mi-temps d’une finale de football américain (l’un des plus beaux depuis le half-time show de Prince sous une pluie battante en 2007 !) ; la découverte d’une œuvre culturelle empreinte de talent et de sincérité ; la lecture d’un passage savoureux dans un livre ou une newsletter, voire dans les hilarants commentaires glissés sous un post Instagram d’une profonde stupidité, etc, etc… Bref ! Les occasions ne manquent pas, et heureusement !
Le jeu vidéo est, lui aussi, un solide pourvoyeur de bons moments. Et ses bestiaires remplis de monstres aux designs allant de l’étrange à l’adorable, en passant par le dérangeant et l’agaçant, constituent peut-être une partie quelque peu ignorée, ou tout du moins mésestimée, de l’indéniable pouvoir d’attraction du média JV. Combien de jeux sont à ce point intimement liés à leurs monstres, que les imaginer sans eux relève de l’hérésie ?

Les monstres sont les piliers des mondes vidéoludiques. Il serait ridicule de parler de world building sans accorder à ces derniers une place centrale. Et les monstres des jeux de rôle se distinguent tout particulièrement. Non contents d’être omniprésents du fait de leur rôle clé dans la mécanique de leveling inhérente au genre (ce sont des machines à XP ! C’est en les combattant que l’on gagne des points d’expérience), ils sont aussi introduits comme le seraient des acteurs sur une scène !

C’est tout particulièrement le cas des J-RPG au tour par tour, comme Dragon Quest bien sûr, mais aussi les vieux Final Fantasy. Ce sont les vraies stars de ces jeux. Si les héros vont et viennent, les monstres restent.
Il est tout simplement impensable d’imaginer un Dragon Quest sans Slime ou sans Dracky (la petite chauve-souris toute ronde), ou un jeu Donjons & Dragons sans Beholder (le gros œil volant à tentacules). Même des monstres apparus plus tard dans une série, comme le Pampa - le cactus désarticulé ! - dans Final Fantasy VI, peuvent s’imposer pour devenir emblématiques.

Il n’est donc guère surprenant que ces monstres aient rapidement vu leur statut évoluer pour devenir nos alliés ! Que les arènes soient celles de Pokémon ou de Dragon Quest, le résultat est le même : après avoir capturé nos cœurs, ils se laissent à leur tour capturer et gagnent ainsi en galon pour prendre place à nos côtés. Les séries Persona et Shin Megami Tensei viennent aussi à l’esprit. Dans cette dernière il est même nécessaire de négocier avec les créatures croisées pour les convaincre de rejoindre nos rangs !
Comment ne pas mentionner également le classique indie Undertale, qui en réinventant la place accordée aux monstres dans le jeu de rôle (ne pas les combattre EST une mécanique de jeu !) a rencontré un succès invraisemblable un peu partout à travers le monde, y compris au Japon.
Et puis ne soyons pas naïfs, les monstres sont aussi une source inépuisable de peluches et autres goodies ! Rien d’étonnant à ce qu’ils soient choyés par les éditeurs comme les véritables petites stars et poules aux œufs d’or qu’ils sont.









En plus d’être le trésor de guerre de nombreux studios japonais, je pense sincèrement que les monstres sont l’une des principales raisons pour lesquelles on aime les grandes séries de RPG, et tout particulièrement de J-RPG. Mais d’autres types de jeux possèdent aussi leurs indéboulonnables stars !
Je vais donc conclure cet article avec une série d’images capturées par mes soins, d’une poignée de monstres emblématiques du jeu vidéo récemment croisés dans des genres variés.
N’hésitez pas à partager vous aussi vos monstres préférés dans les commentaires !




Et il y en a tellement d’autres…
Merci les monstres !

PS: Toutes les images de Dragon Quest VII Reimagined illustrant cet article ont été capturées par mes soins à partir d’une version commerciale Switch 2 du jeu. Les images de Super Mario Bros. 3 et Super Ghouls ‘n Ghosts ont été saisies via les chaînes NES et SNES du service Switch Online. Celle de Mega Man 3 est issue de la compilation Capcom : Mega Man Legacy Collection ; celle de Castlevania Symphony of the Night, du bundle Castlevania Requiem: Symphony of the Night/Rondo of Blood ; et celles de Gradius et Salamander III de la compilation Gradius Origins. Enfin, l’image de Castlevania: Belmont’s Curse provient de la page Steam du jeu récemment annoncé et dont la sortie est prévue pour cette année.



Quand j'ai vu le thème de cette newsletter, j'ai immédiatement repensé aux monstres de l'excellent jeu d'aventure Soleil sur Megadrive, et à l'empathie ressentie lorsque l'on obtient la capacité de comprendre ce qu'ils disent, ce qu'ils sont, ce qu'ils ressentent. Et la tristesse d'en retrouver certains dont le destin tragique s'est arrêté dans cette église où ils étaient venus trouver refuge... ce passage m'avait bouleversé et la musique de l'église résonne de encore en moi comme ci c'était hier, bien que ce fut il y a plus de vingts ans. Ne sommes nous pas parfois les monstres que nous croyons combattre?
Très chouette, comme toujours ! C'est vrai qu'ils sont mignons ces monstres de Dragon Quest ! Je suis particulièrement preneur du message "prenez les petits bonheurs là où ils sont", c'est tellement vrai... Du coup je fais une recommandation un peu incongrue : lire "La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules", de Philippe Delerm (oui, c'est le père de qui vous croyez), qui parle précisément de cela.