Est-ce qu'aimer jouer à Picross fait de moi un vieux ?!
Attention à ce que vous allez répondre ! Parce que votre tour viendra… :p

Lorsque j’ai vu passer dans la newsletter quotidienne de Koub la bande-annonce de Picross S Konami Antiques, qui sort le 30 avril prochain sur Switch, ma réaction a été un : “Ooooooooh“ satisfait, aussi immédiat qu’incontrôlé, qui m’a proprement terrifié.
Que s’est-il passé dans ma vie de joueur (ma vie tout court ?) pour que l’annonce d’un nouveau jeu Picross provoque une telle réaction pavlovienne ?
Parce qu’il est évident que Picross appartient à la même famille que ces jeux pour enfants où l’on relie des points numérotés afin de révéler un dessin représentant généralement un animal (une oie la plupart du temps) ou un personnage populaire (Pikachu généralement). À la différence prêt, qu’ici c’est à nous de déduire les numéros, ce qui n’est pas sans rappeler le sudoku, soit un autre “jeu de magazine télé” pour celles et ceux qui ont connu l’époque des Télé Poche et autres Télé 7 Jours avec leurs pages BD & Jeux (après vérification, et aussi fou que cela puisse paraître à l’heure d’Internet et du smartphone, je m’aperçois qu’ils existent toujours !).

Vous l’aurez compris, quand on commence à parler “programme télé”, “magazines de jeux” et “sudoku“, il est assez évident que l’on est plus proche de la génération Minitel que TikTok…
Mais il n’en reste pas moins que si vous me proposiez - là tout de suite - de jouer à Crimson Desert ou n’importe quel Picross, je choisis “n’importe quel Picross“ sans une once d’hésitation. Pour ma défense, Picross est un jeu brillant et un “genre” plus riche qu’il n’y paraît. Si, si.
Si l’on se réfère à sa page Wikipédia japonaise, il aurait été inventé à la fin des années 80 par deux personnes : Non Ishida et Tetsuya Nishio, indépendamment l’une de l’autre ! Ces deux spécialistes du puzzle ont publié leurs créations dans la presse, puis dans des livres dédiés, sous les noms de Nonogram (ののぐらむ) pour la créatrice Non Ishida et de “Logique d’image“ (traduction littérale de Oekaki rojikku / お絵かきロジック) pour Tetsuya Nishio.

Et ce n’est qu’en 1995, sous l’impulsion de Nintendo, de Ape Inc. (le studio derrière Mother, aujourd’hui rattaché à la Pokémon Company sous le nom de Creatures Inc.) et surtout du jeune studio kyotoïte Jupiter (fondé en 92), qu’il prendra le nom de “Picross“ (Picture + Crossword) pour la sortie de Mario’s Picross sur Game Boy1.
On notera que quelques mois après la sortie de Mario’s Picross, en septembre 1995, Sunsoft sortira aussi son propre jeu à base de grilles aux bords chiffrés, sur PlayStation d’abord et uniquement au Japon, sous le nom de O-chan no Oekaki rojikku.

Jouer à Mario’s Picross, comme je l’ai fait avec une indéniable avidité ces dernières années sur les chaînes rétro Game Boy et Super Famicom du service Switch Online (mais aussi sur DS et 3DS), pour une bille en maths comme moi, est aberrant. Parce que l’on compte en jouant à Picross, on compte beaucoup…
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas le principe du jeu, ce n’est pas compliqué.
Vous avez des grilles de tailles variables, qu’il faut “remplir” en fonction des indices chiffrés situés à la verticale et l’horizontale de celles-ci. Un 7 et un 5 à côté d’une ligne horizontale signifient que sur les 15 cases qui la composent, 7 puis 5 (avec au moins un espace vide) de ces cases sont “remplies”. Il faut donc les noircir d’un coup de crayon ou d’un coup de burin dans le cas de la version Game Boy.
Et lorsque toutes les cases sont noircies, elles forment un dessin pixel art, ou autrement dit une mosaïque représentant un objet du quotidien, ou un perso / bonus / monstre de l’univers Mario. 👇

Mais le mieux est encore d’essayer par vous-mêmes !
Que ce soit en téléchargeant l’une des démos jouables sur Switch, ou en cliquant sur l’image ci-dessous pour essayer une grille promotionnelle et jouer directement dans votre navigateur sur le site Jupiter.2 👇
Je pense que l’un des attraits de Picross, pour moi en tout cas, provient de la surprise du dessin qui se dévoile sous nos yeux et que l’on révèle à la fin, avec parfois une petite animation à la clé comme dans Mario’s Super Picross sur Super Famicom (une suite uniquement sortie au Japon).
En jouant à Mario’s Picross, j’espère toujours découvrir une illustration ayant un rapport avec Nintendo (Yoshi !), la culture japonaise (Sumo !) et non une banale cuillère, ou pire encore, un type dans sa baignoire.
Et ça, le studio Jupiter l’a bien compris puisqu’il a multiplié depuis une petite dizaine d’années les collaborations avec des éditeurs autres que Nintendo, comme Sega, Namco, SNK, Capcom et maintenant Konami, mais aussi avec des franchises telles que Sanrio (Hello Kitty, etc.), Doraemon ou encore la YouTubeuse virtuelle Juufuutei Raden !
Pour les collab’ JV, vous aurez noté que les partenaires choisis sont des “seniors” possédant de riches catalogues de licences 8 et 16-bit. Le jeu rétro et son esthétique pixel art se prêtent en effet à merveille à l’exercice Picross. Ces éditions spéciales portent ainsi des noms comme : Namco Legendary Edition, SNK Classics & Neo Geo Edition ou carrément Konami Antiques Editions !
Pour revenir sur le titre de cet article, je me rends bien compte que ces choix d’adjectifs surannés et ce fort penchant pour le retrogaming ne jouent pas en ma faveur… Quand l’éditeur du jeu surfe à ce point sur la nostalgie, il apparaît assez évident que le public visé ne soit pas de la première jeunesse, si j’ose dire 😅

La formule Picross a bien évolué depuis 1995 et sa première itération sous le parrainage de Mario. Avec la série "S" (pour Switch), qui fait suite à la série "e" de la 3DS, les grilles de puzzle ont gagné en couleurs, en modes (Time Attack, Tutoriel, etc.), en nombre de joueurs (jusqu'à 4 en même temps dorénavant), en taille aussi. Certaines grilles peuvent ainsi monter jusqu'à 30x30 cases, voire 40x30, et d'autres se réinventent en pièces de puzzle pour venir former des illustrations de taille XXL.
Bref, s’il navigue sur les eaux - ô combien lucratives - de l’océan nostalgie, Picross a également su évoluer au-delà de la frontière papier et ses limitations, pour réellement tirer partie des possibilités offertes par le jeu vidéo.
D’autres expériences ont également été tentées par le passé, comme celle de l’excellent Picross 3D de HAL Laboratory et Nintendo, sorti sur DS en 2009. Dans ce dernier il n’était plus question de colorier une grille pour faire apparaître un dessin, mais bien de s’emparer d’un burin afin de tailler dans une masse de cubes 3D et en extraire une sculpture. Un peu comme si l’on désossait un Rubik’s Cube qui contiendrait un objet caché !

Mais comme une grille de sudoku ou une feuille de mots croisés, Picross a un as dans sa poche. Celui du temps. 5 petites minutes suffisent à remplir sa grille et dévoiler sa “surprise” comme on ouvrirait un “oeuf” de gachapon ou de Kinder. Pas de stress non plus, à moins que l’on joue en mode Time Attack, tout est affaire de logique, tout en faisant appel à notre capacité innée à croiser des données.
Picross, quand on y réfléchit un chouille (ok, beaucoup), c’est un peu le metroidvania des chiffres. Un jeu où l'on explore une grille en la balayant de son regard, et où l'on opère des allers et retours une fois équipé de nouvelles données pour pouvoir continuer à avancer… Elle tient plutôt bien la route cette métaphore non ? 😬
Picross, c’est tout à la fois Tetris, Unpacking et Marie Kondo… On empile et on range des chiffres pour remplir des étagères, en créant à l’aide de ses déductions mathématiques un dessin d’une élégance toute pixel art. Sauf, évidemment, quand on s’aperçoit avec amertume qu’il s’agissait en fait d’un type dans son bain…
Le monde est ainsi. Plein de contradictions et de jeunes petits vieux.
Et vous ? C'est quoi votre "jeu de petite vieille ou de petit vieux" ?
N’hésitez pas à les partager dans les commentaires ci-dessous 😊
PS: Toutes les images de Mario’s Picross ont été capturées par mes soins sur la chaîne rétro Game Boy du service Switch Online. Les jaquettes et extraits des livres de Non Ishida et Tetsuya Nishio, ainsi que les jaquettes des jeux O-chan no Oekaki rojjiku et Mario’s Picross, sont tirées des sites japonais Amazon et Yahoo!フリマ. Enfin, les images des titres Picross 3D et de Picross S Capcom Classics Edition sont issues du site japonais de Nintendo.
Si vous désirez en savoir plus sur la genèse de Mario’s Picross, je vous invite à lire cet article de Video Games Chronicles !
D’autres liens vers des grilles de Picross à jouer dans votre navigateur : un Picross pour célébrer la nouvelle année sur le site Jupiter ; Picross S: Doraemon & F Characters Edition ; et Picross S: Capcom Classics Edition.





J'ai mis le doigt dedans avec Mario Picross quand j’étais gamin, et depuis je ne jure que par cela. L’été dernier encore je me suis trouvé des magasines de nonogram en France et à chaque apéro je complétais une grille.
En parallèle il y avait cet été la folie de "Every 5x5 nonogram" sur une page web ou les gens collaborais pour finir toutes les itération possibles du 5x5 (soit 24,976,511 possibilités !) Je viens de voir qu'ils ont enfin fini ! https://pixelogic.app/every-5x5-nonogram#1850001
Tout ça pour dire que comme j'ai 25 ans dans ma tête ( si si ) on peut bien dire que c'est un truc de jeun's :p .
Oh l'article qui tombe à pic, sachant que j'ai bouclé le Picross DS il y a tout juste trois jours. Plus de soixante heures pour en venir à bout, mais qu'importe : on en veut toujours plus !
Je ne compte même plus les centaines d'heures que j'ai passé à faire et refaire les grilles de la version SNES, toujours un plaisir immense. Le jeu GameBoy n'est pas en reste malgré la réactivité de son curseur qui a pris un petit coup de vieux, mais ça reste une porte d'entrée excellente pour découvrir le concept en compagnie de Mario.
Et comme tu l'as dit, une simple application gratuite suffit pour satisfaire son envie de puzzles ! De mon côté, ça fait un moment que j'ai envie d'essayer du Picross version papier (je dois vraiment sauter le pas). Mais il faut dire aussi que le concept du Picross se prête parfaitement au jeu vidéo : tout se fait en un clic.
Je ne saurais pas expliquer une telle addiction pour ma part, sans doute une combinaison de tout ce qui fait la recette du Picross. La satisfaction de casser des cases, le sound design, devoir chercher LE pixel qui te débloquera pour la suite de la résolution... Le seul truc que j'ai remarqué chez moi, c'est que je ne m'attarde jamais sur le résultat du dessin : je dois vraiment me faire violence et me forcer pour apprécier l'écran final de la grille ! (un peu comme les recordmen dans TrackMania qui ne s'attardent jamais à regarder leur replays finalement :P ).
Et je suis tellement vieux dans l'âme que les autres variations du Picross ne m'attirent absolument pas, que ce soit le Picross 3D (que je n'ai jamais essayé) ou encore les Color Picross des jeux Switch (que j'ai rechigné à faire). Dès qu'on essaye d'étirer un concept simple, c'est là qu'on me perd. Du moins, il y a 9 chances sur 10 pour que ce soit le cas. Pour moi, la force du jeu vidéo se trouve ici : l'épure d'un concept dont on ne se lasse pas et sur lequel on revient sans cesse.
J'attends vraiment de la part Nintendo des jeux Picross estampillés FAMICOM, SNES, GAMECUBE, Wii et compagnie. Donnez-nous plein de grilles StarFox, Metroid, Pikmin, Kirby, Pokémon, Zelda, Donkey Kong, Mario Bros... Il y a matière à faire le jeu Picross ultime pour les adorateurs de Nintendo !
Encore un super article, la lecture parfaite pour le petit-déjeuner français :D